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Construire la relation d’autorité à l’école

Un dossier sur l’autorité en cette période singulière où les professionnels de l’éducation se débattent pour maintenir l’enseignement, les liens avec les élèves et entretenir leurs acquis et leur motivation à apprendre pourrait paraître hors propos. « Pourrait » car la question de l’autorité dans ce cadre généralisé d’enseignement à distance, où la non-présence physique de l’enseignant engendre de multiples risques (incompréhension, désorganisation, démotivation, décrochage…) et où, de plus, la pression par la notation a disparu, se pose avec encore plus d’acuité ! Qu’est-ce qui, dans cette situation, peut faire suffisamment autorité pour que l’élève accepte, même à distance, de répondre aux demandes de l’enseignant ? Plus largement, qu’est-ce qui fait que les élèves, les enfants et les adolescents acceptent – ou pas – au XXIe siècle de se soumettre aux injonctions de l’enseignant ? Qu’est-ce qui donne de l’autorité à ce professionnel de l’éducation ? Sa fonction, son charisme, un don de la nature ? Soyons sérieux !
Une fois balayé le mythe de l’autorité naturelle, clarifiée la confusion autorité-autoritarisme et définie l’autorité adéquate à la sphère scolaire, ce dossier propose de mettre en exergue les fondements et les fondations d’une autorité qui « autorise » et rend l’élève « auteur de » (conformément à l’étymologie : auctoritatem, de auctor).
Analyses d’enseignants-chercheurs et de pédagogues, regards de praticiens sur leurs démarches, gestes professionnels, outils pédagogiques, basés sur leur expérience professionnelle, montrent que :
l’autorité éducative se construit, est toujours liée à un contexte et à une situation et dépend d’une multitude de facteurs interdépendants dont le degré de confiance des élèves envers l’enseignant, ce degré étant lui-même lié à la confiance de l’enseignant en la capacité de ses élèves à apprendre, devenir autonome, assumer des responsabilités…
les pédagogies coopératives, grâce aux « activités, médiations et institutions organisées en système »(1) qu’elles mettent en œuvre et parce qu’elles « offrent aux jeunes des formes d’engagement qui leur permettent d’adhérer sans s’aliéner »(2), ancrent l’autorité éducative.
Ainsi, confirme le chercheur Bruno Robbes, « contrairement à certaines idées reçues ou entendues, les pédagogies coopératives ont une voie singulière et pertinente à faire entendre lorsqu’on parle d’exercice d’une autorité éducative ». Des preuves dans ce dossier !

Marie-France Rachédi

1. Voir l’étude de Bruno Robbes pages 14-15.
2. Voir l’analyse de Philippe Meirieu pages 18-19.