Pour une réelle politique en faveur de l'éducation artistique des jeunes

Vous êtes ici

Manifeste-interpellation des candidats à la Présidentielle 2017.
Contribution de l'OCCE.

Contexte et conceptions
La fédération nationale de l’OCCE inscrit résolument les questions de l’éducation artistique dans son projet, qu’il s’exprime dans ses motions d’orientations successives ou dans la CPO qui le lie au Ministère de l’Éducation nationale.

Cet engagement repose sur :

  1. L’existence historique, renouvelée et pérenne d’actions artistiques etlittéraires dans les Associations Départementales, confortées par des actions et formations nationales (en théâtre, danse, poésie, littérature, cinéma).
  2. L’intuition de fortes potentialités à développer entre Education Artistique et Culturelle et pédagogie coopérative.

Il se nourrit de :

  1. La démocratisation culturelle, qui s’est d’abord actée par la décentralisation dramatique (cf. le Conseil National de la Résistance «Créer, c’est résister» ;la naissance du Ministère de la culture). Enjeu démocratique par la culture et l’art.
  2. Les évolutions ou révolutions portées par l’Education nouvelle, les grands courants pédagogiques, dont ceux de la pédagogie coopérative,non sans lien avec l’éducation populaire. Enjeu éducatif et politique, mu par les principes de la liberté, de la responsabilité,de la solidarité.

Pour l’OCCE,  il s’agit de mettre en perspective ces 2 filiations et ces 2 enjeux ; en pensant objectifs et processus dans la construction d’actions.

L’approche par l’OCCE de l’éducation artistique et littéraire se fonde sur trois conceptions :

  • une certaine conception de l’enfance,
  • une certaine conception de l’art et de la littérature,
  • une certaine conception de l’école.

1- Une certaine conception de l’enfance.

Clairement articulée à la CIDE*, qui pose l’enfant (l’adolescent) comme sujet, celui qui dit JE, par la reconnaissance de l’autre (et de « Je est un autre » Rimbaud) par la construction du NOUS.

La conscience de l’altérité comme amorce de l’altruisme.

Du côté de l’éthique, entre singularité de la personne et le bien commun. Côté art, nous dirons entre intime et universel. Qui s’oppose à une vision de l’enfant objet ou exécutant éteint par un « normalisme » qui nivelle ; et à la vision ultralibérale de l’estime de soi qui sert à mieux écraser l’autre.

L’inscription de l’enfant comme humain dans la chaîne de l’humanité.

2- Une certaine conception de l’art et de la littérature qui ne sont pas divertissement ou distraction (au sens des Lumières)  pour éviter ou empêcher de s’occuper du réel et du monde, mais au contraire un mode d’habiter le monde, de traverser les  grandes questions existentielles et de se saisir du réel, pour l’éveil des consciences. Pour aborder la polysémie et le complexe, les feuilletés de signifiances, via la métaphore et le symbolique.

Visée de démocratie où art et littérature sont mis en partage, s’opposent à une idéologie de l’élitisme, i/e de la distinction, qui conserve ces domaines pour l’usage des mêmes. Le meilleur pour tous, « élitaire pour tous » (Vitez). Et en opposition au  présupposé du don (il y aurait des enfants doués par nature à…), et à toute conception déterministe.

Deux vertus à l’art et à la littérature :

  • l’alphabétisation des émotions : la peur, la colère, la tristesse, la joie, la honte, le rire, le doute… l’intelligence sensible dans la création.
  • la pensée divergente : à une question posée, non pas une réponse unique apportée par un seul devant lequel tous s’inclinent en ordre de marche, mais une multitude de réponses, qui ne sont pas connues d’avance et qui se créent ensemble.

Pour nous OCCE, trois options à l’œuvre:

  • le contemporain, ce qui se crée de vivant ici et maintenant, pour mieux aller vers le patrimoine,
  • la praxis : la théorisation au fil de l’expérience, de la pratique,
  • le partenariat, la coopération entre adultes aux identités professionnelles distinctes et complémentaires (enseignants, artistes, auteurs…).

3 - Une certaine conception de l’école.

Qui affirme que l’éducation artistique ne peut être laissée à la seule sphère privée et familiale, ni non plus à celle du loisir. Cf. les 3 piliers (pratique artistique/ rencontre avec les œuvres/ élaboration des connaissances).

Qui pose la question de l’éducation artistique au-delà des enseignements obligatoires (musique et arts visuels) et intègrent d’autres champs artistiques dans un processus du projet (cf. référentiel du Conseil supérieur des programmes et la Charte pour l’éducation artistique et culture du HCEAC**).

Traverser les relations entre coopération et cultures artistique et littéraire, c’est aussi s’attacher à travailler à

Les intelligences multiples, la pédagogie du projet ; le verbe, la langue, les écritures et leurs inaccoutumances, le geste et le corps poétique, le rythme et la musicalité, la présence à soi et la présence aux autres, l’empathie. Avec en filigrane pour chaque enfant, chaque adolescent : se mettre debout, faire un geste et prendre la parole, avec et pour les autres ;

« Ainsi, rien ne peut remplacer cette expérience fondatrice d’un petit d’homme qui monte sur une scène. Il lève la main. Fait un signe. Tous ses muscles se tendent et lui font mal. Toute son intentionnalité passe dans un salut. Il sort de la gesticulation et fait, enfin, un geste. Un vrai. Il ne vit plus dans un agrégat informe où les êtres se bousculent sans se regarder ; il entre dans un espace symbolique où chacun peut occuper une place sans prendre toute la place… » Philippe MEIRIEU, cité dans L’Enfant debout- Pratiques artistiques et coopération à l’école. Groupe national Théâtre de l’OCCE - SCEREN 2008.

Formation, recherche, invention, action dans le réel sont au cœur des chantiers des 2 réseaux OCCE culture artistique et culture littéraire, à conduire jusqu’à la classe.

 

Nous artistes et enseignants, médiateurs culturels, chercheurs, intervenants dans les actions culturelles des théâtres, des Festivals, nous parents d’élèves, nous étudiants, nous citoyens, avons la conviction que l’accès de tous à l’art et à la culture participe pleinement de l’éducation et doit permettre de construire une société d’individus émancipés et responsables.

Nous constatons un écart entre les déclarations politiques, les textes réglementaires et la réalité, notamment dans la sphère scolaire.

Nous demandons que soient authentiquement réfléchis, garantis et pérennisés:

  • Du temps et des formes de travail singulières pour l’éducation artistique, au-delà des seuls enseignements obligatoires (musique et arts plastiques), à tous les niveaux scolaires et dans tous les types d’établissements ;
  • Une diversification des arts et des esthétiques, notamment par l’éducation artistique du théâtre, de la danse, du cinéma, de la poésie ;
  • La formation des acteurs de l’éducation artistique, en premier lieu enseignants, artistes, médiateurs, professionnels associatifs ;
  • Des moyens financiers, de pilotage, humains spécifiquementdédiés ;
  • Le partenariat artistes/enseignants, professionnels de la culture / professionnels de l’éducation ;
  • La reconnaissante de la présence des artistes dans les lieux d’éducation comme travail artistique, indissociable de la création, et justement rémunérée ;
  • Le développement de la recherche
  • Le soutien des politiques culturelles publiquesaux structures associatives qui conduisent au quotidien la réflexion et les actions d’éducation artistique avec et pour les enfants et les jeunes. 

* Convention Internationale des Droits de l'Enfant
**Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle.