Des ressources pour les enseignants #7

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( Accueillir à l'école ) - ( Pour approfondir la réflexion sur la notion d'accueil ) - ( Pour se projeter )  

 

Chers collègues,

Sollicité par des enseignants en recherche d’idées pour la rentrée inédite que nous vivons, l’OCCE répond présent en proposant des situations pédagogiques adaptées au contexte de reprise (ce serait présomptueux de l’écrire au pluriel).

Pourtant, défenseurs de la cause des Enfants, convaincus que l’Humain prime sur le financier, il nous est difficile de nous projeter dans des classes, des cours, des établissements potentiellement dangereux et assurément paralysés par les contraintes sanitaires.

Le souci d’accompagnement des équipes d’école l’emporte toutefois pour ces « jours d’après » mais nous restons mobilisés pour valoriser les principes de la coopération dans « un monde d’après ». Nous sommes donc vigilants à ce que le modèle de l’enseignement individuel, programmé même digitalisé, ne devienne la « bonne » pratique, et affirmons plus que jamais nécessaires  la relation à la Nature, l’accès aux arts et à la culture pour tous.

Les idées qui suivent sont concentrées sur l’accueil des élèves. Nous espérons qu’ils répondent à vos attentes.

Avec nos meilleurs souhaits pour sortir de « chacun chez soi »,

L’équipe pédagogique de l’OCCE

 

Accueillir à l’école.

Se poser aujourd’hui en tant qu’enseignant, la question de l’accueil à l’école et de l’hospitalité, c’est témoigner de sa préoccupation, qualitative, du vécu scolaire de l’élève, comme condition à la réussite de ses apprentissages et au bon développement de la personne en devenir.

C’est être conscient de cet enjeu qui se joue dès les premiers temps de présence à l’école, d’éveil et de sécurisation affectifs, sociaux et cognitifs, de raccrochage, pour des enfants qui ont pu expérimenter un vécu personnel difficile, ou se décourager devant une injonction sociale d’apprentissage. 

Accueillir, c’est établir très vite un contrat tacite : recevoir l’enfant, et lui permettre de (re)devenir l’élève, pas parce qu’il le doit, mais parce que l’école génère et stimule l’envie d’être élève. C’est faire le pari du choix contre l’injonction, du bonheur d’apprendre, ensemble, contre  l’utilitarisme et la performance individuels. 

Le pédagogue prépare l’enfant à ce passage. Par le soin qu’il met à la socialisation, aux interactions, il aide l’enfant à investir son statut d’apprenant, à quitter son milieu/ environnement et à rencontrer sereinement l’Autre, les autres, le savoir.

L’enseignant, qui sait identifier les situations d’apprentissage propices, les questions fécondes, les reformulations efficaces, les détours pédagogiques pertinents, prévient également les  difficultés  en partageant avec eux sa joie d’enseigner lors de ces moments privilégiés d’hospitalité. Comme le dit Philippe Meirieu dans l’article “Bonheur d’apprendre et d’enseigner” : « non seulement on peut éprouver du bonheur à enseigner, mais, surtout, […] on le doit. Au risque, sinon, de ne pas être en mesure de faire découvrir aux élèves le bonheur d’apprendre. » 

 

  • Rituels d'accueil

→ Se saluer

Les situations suivantes sont empruntées au monde du théâtre, elles nous ont été transmises par des artistes, comédien·nes, metteurs en scène.

A l’OCCE, nous les proposons souvent, dans nos actions de théâtre, de poésie, de danse ; pour la formation d’adultes et constituer le groupe (faire connaissance et installer l’attention à l’autre, le silence, la concentration, l’adresse de la parole, qui sont consubstantiels à l’acte théâtral) ; et en ateliers de pratique avec enfants ou adolescents, avec les mêmes intentions, toutefois, ces situations peuvent être régulièrement rejouées.
Nous suggérons qu’elles aient lieu dans une grande salle vide, toutefois  l’extérieur (cour, pré…) sera aussi parfait (s’il n’y a pas de nuisance sonore extérieure) !

 

→ Cercle des prénoms

Les participants sont en cercle, espacés. « Chacun trouve sa place en faisant place à l’autre ».

Pieds bien ancrés dans le sol, bras relâchés, visage « neutre », on respire (« L’acteur le plus simple possible, dirait Sylvain Levey, auteur et comédien)

L’enseignant dit son prénom, juste cela, volume de voix suffisant pour que tous entendent, sans ne rien « jouer ».

Seulement offrir son prénom.

Puis, le participant placé à sa droite dit son prénom, et le suivant, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous se soient nommés.

On peut faire un tour dans l’autre sens, en invitant à ne rien précipiter, ménager des silences.

Petite variante, je m’adresse pour le ou la saluer à mon voisin, ma voisine de droite, juste dire son prénom et le·la regardant, pour de vrai. Et tranquillement, chacun son tour, on fait le tour.

Même chose par la gauche.

Intentions : chacun est nommé, salué, reconnu parce chacun nomme et salue une autre personne ; le cercle permet une horizontalité, une égalité, et l’accueil de toutes les personnalités ; chacun a de l’importance, prend la parole avec « peut-être le plus beau des textes », le prénom ; et personne n’est mis en difficulté, grâce à la simplicité.  Le cercle est un fondement spatial, qui peut conduire à d’autres exercices de théâtre, car il délimite l’espace du jeu : même quand ce n’est pas mon tour, je suis présent, à l’écoute, mon écoute soutient les autres. Ce qui est travaillé est aussi la présence (« Présence à soi, présence à l’autre, présence au monde » dit Jean-Claude Lallias, grand pédagogue de théâtre).

 

→ Suite : Circulation des prénoms

(Entre les deux situations, on peut inviter les enfants à s’étirer, bailler, secouer bras et jambes, car pour toutes simples qu’elles paraissent, elles demandent concentration, silence, quasi immobilité).

Cette fois, toujours en cercle, avec les prénoms, l’enseignant salue une personne en face, qui elle-même salue une autre en face, etc. jusqu’à ce que tout le monde ait été salué et ait salué une fois.

On peut, en cours de situation, s’arrêter, demander aux enfants qui n’ont pas été salués de faire un signe de la main, tranquillement, sereinement, sans précipitation : on est en coopération, on peut compter les uns sur les autres pour que tous soient salués.

Une fois ce circuit établi, on le reprend, plus fluide.

Puis tout le monde change de place (on esquive, on ne se touche pas, on ne se parle pas). Quand le cercle est reformé, on reprend, exactement dans le même ordre des prénoms.

 

→ Suite : Circulation d’un texte

A  chaque participant est remis sur une bandelette de papier, un des vers d’un même poème, ou l’une des phrases d’un même fragment de texte théâtral.

La même circulation d’une personne à l‘autre reprend, mais cette fois, ce n’est pas le prénom que l’on offre, mais le vers ou la phrase que chacun a reçu.

Intentions:  Découvrir un texte, en portant chacun une part, c’est l’ensemble qui permet d’entendre l’intégralité. Faire entendre, aussi simplement que l’on a entendu les prénoms, sans préjuger d’un « ton ». Savoir attendre son tour, savoir prendre la parole quand son tour arrive. Pouvoir être surpris de ce que dira l’autre, porter des phrases littéraires comme si c’était ses propres mots, sans interprétation, juste offrir pour mettre en voix, ensemble, un seul texte.

Exemples de textes :

  • Un poème : J’atteste d’Abdellatif Laâbi, Éditions Rue du Monde.
  • Un extrait de texte de théâtre : Petite Poucet de Claudine Galea, Éditions Espaces 34

 

  • Exploiter des courts-métrages pour exprimer ses émotions et entendre celles des autre

→ Pour parler du bonheur, Alike short film.

→ Pour parler de la solitude : Peut-on être heureux même seul ? Ce petit film d'animation d’après Jean Giono, l'Homme qui plantait des arbres.

Dit par Philippe Noiret. Réalisé par Frédéric Back (1924-2013), Canada 1987. "L'Homme qui plantait des arbres" remporte l’Oscar du meilleur court métrage décerné par l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences de Los Angeles, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

 

  • Des jeux coopératifs pour reprendre possession de l'espace scolaire

L’OCCE propose des jeux qui ont été adaptés au contexte, permettant aux élèves de se mouvoir ensemble et de s’exprimer dans un cadre sécurisé, afin de recréer du faire ensemble.

♦ Fiche | Jeu coopératif

 

  • Interagir, s’amuser, inventer et imaginer ensemble. 

Le jeu de cartes OCCE “Raconte-moi des histoires”, une fois imprimé en A3 et plastifié, permet de jouer en petit ou grand groupe, l’enseignant assurant la distribution et le déplacement des cartes afin de limiter les contacts sur le support. 

Le format de 96 cartes, et l’utilisation conjointe de deux exemplaires de jeux si besoin, est adapté à des grands groupes. La plastification permet ensuite un nettoyage facile. 

Par la suite, selon la consigne donnée, les cartes peuvent également servir de support à des activités de langue française ou étrangère, en production orale ou écrite.

♦ Raconte moi des histoires 2

 

  • Mettre en oeuvre une école bienveillante et accueillante 

Ce dossier pédagogique de l’OCCE propose aux enseignants différentes activités ou dispositifs qui favorisent pour chaque élève la présentation positive de soi et la connaissance des autres. Ces moments privilégiés, instaurés le plus régulièrement possible dans la classe, participent au développement du sentiment d’appartenance et du besoin d’être accepté et valorisé.

♦ Pour une école accueillante et bienveillante | Fiche projet

 

"La situation que l'on vit est d'une grande violence pour les enfants. Leur bien-être physique a été pris en compte par rapport à la maladie mais par leur santé émotionnelle. L'extérieur est un moyen de réguler leurs émotions, surtout pour des enfants qui auront été confinés en appartement pendant deux mois".

Cet interview fait écho à la tribune parue dans le Monde le 27 avril. Extrait : 

“La reprise scolaire doit aussi permettre à nos enfants, qui vont arriver à l’école fatigués, énervés, stressés, de retrouver un accès à des espaces où ils puissent souffler, s’apaiser et s’émerveiller. Car le contact avec la nature nous fait du bien, c’est depuis des décennies un fait scientifiquement prouvé. Il est bon pour la santé physique et psychique, et favorise le développement cognitif, émotionnel et moteur des enfants.

D’autres études ont montré qu’enseigner dans la nature était aussi particulièrement efficace pour les apprentissages scolaires. De plus, les contraintes liées au bruit et à l’espace limité s’atténuent dans des espaces moins contraints et artificialisés, et avec elles le stress des enfants et des adultes, et les comportements agressifs.

Commencer à faire classe à ciel ouvert pourra contribuer aussi à l’épanouissement des enfants, en leur offrant l’espace, le calme et les possibilités de découverte et d’émerveillement dont ils ont besoin.” ...

“Bien sûr, ces pratiques à l’extérieur devront être effectuées en respectant les impératifs sanitaires et intégrer les gestes barrières. Il est possible de faire classe dehors, quel que soit l’âge des élèves. C’est possible dans les cours de récréation, qui peuvent être utilisées comme espace d’apprentissage à part entière, comme c’est le cas chez certains voisins comme le Royaume-Uni, mais aussi quelques écoles françaises.

Il est aussi possible de faire classe à proximité de l’école, que ce soit dans un jardin, un parc, une forêt, etc. Les stades et tout autre espace public extérieur pourraient également être utilisés. Est-ce faisable ? Tout à fait.”...

Proposition d’activité : 

Dans le respect des gestes barrière, il paraît envisageable de mener des activités de plein air avec de petits groupes où seront sollicitées à la fois les perceptions individuelles et le partage en groupe.

En attendant de décaisser le bitume et de verdir les cours de récréation, pourquoi ne pas l’investir pour se reconnecter individuellement et collectivement à son environnement? 

Sur le principe des activités mobilisant les 5 sens, d’abord proposer à chaque élève de choisir un lieu dans la cour où se poser, s'asseoir et pourquoi pas s’allonger. De prendre ensuite le temps après avoir fermé les yeux, d’entendre tous les bruits aux alentours qu’ils soient proches ou éloignés, de les identifier et pourquoi pas de s’en faire une image mentale. Au bout de quelques minutes, ouvrir les yeux et essayer d’établir une carte des bruits, des sons entendus à l’aide de ce document. L’iconographie proposée n’est pas définitive, les enfants peuvent ajouter des images en fonction de ce qu’ils ont entendu. 

Après cette activité permettre aux élèves d’échanger entre eux en binômes toujours dans le respect des gestes barrières. Pour cela, s'inspirer d’une activité proposée dans l’Agenda Coop qui permet de construire sa pensée et être dans l'écoute active : "Je pense quand tu m'écoutes"

Le cadre est le suivant : tout ce qui est dit reste ici, je n'interromps pas l'autre qui parle.

  • Constituer des binômes.
  • Chaque binôme face à face en gardant la distance.
  • Pendant 2 minutes, un des 2 enfants prend la parole et parle de ce qu'il a ressenti les yeux fermés, de ce qu’il réalise grâce à cette activité. L'autre enfant écoute sans intervenir.
  • Inverser les rôles.
  • Se remercier.

 

  • Les ateliers philo pour réfléchir et mettre en mots cette réfléxion.

→ Supports en image issus des livres de la collection PhiloFolies “Peux-tu vivre sans les autres ?” et “Peux-tu décider d’être heureux ?” aux éditions Père Castor.

Solidarité avec “Le vieux grand-père et son petit-fils”


 

Bonheur et modernité


 

Le plaisir est le but de la vie selon Epicure

 

Inquiétudes et bonheur avec “Nasr Eddin et le veau sans queue”

 

(ou en version audio)

 

→ Jeu "Expédition sagesse".

→ Activités proposées par Philéas et Autobulle. Auto-louanges, et Bien commun.

Le p'tit libé propose différentes questions philos auxquelles Edwige Chirouter tente de répondre…

Exemples de questions:

  • PEUT-ON CONTINUER À APPRENDRE SANS ALLER À L'ÉCOLE ?
  • EST-CE QU'ON PEUT RESTER AMI À DISTANCE ?
  • POURQUOI LE TEMPS PASSE PARFOIS VITE ET PARFOIS LENTEMENT ?

 

Pour approfondir la réflexion sur la notion d'accueil 

 Un article de Sylvain Connac dans les Cahiers Pédagogiques : une pédagogie coopérative sans contact

Reprendre la classe après le confinement.

Le manifeste pour un accueil d’hospitalité à l’école, du Centre Académique d’Aide aux Ecoles et aux Etablissement-Equipes Mobiles de Sécurité.
Le concept d'accueil-d'hospitalité se doit d'être pensé comme un rite social, au niveau de tous les acteurs de l'école, en forme "d'agir-d'accueil-d'hospitalité", à visée de plus-value d'être, dans le respect et la reconnaissance en tant que sujet, de chacun et de tous. 

Un article de Marie-Pierre Bidal-Loton pour le Café pédagogique : Bientraitance pédagogique et bien-être à l’école 

→ Le livre d’Eirick Prairat “Éduquer avec tact”. La première partie revisite les significations du tact. Disposition éthique d’attention et de souci de la relation, le tact est aussi intelligence de la situation : c’est la « conscience aigüe de ce qui mérite d’être dit ou d’être fait et de la manière dont il faut le dire ou le faire [dans] la situation particulière que l’on est en train de vivre  » (p. 13).  Article des Cahiers Pédagogiques à propos de ce livre.

→ La dernière parution de l’AGEEM spécial retour à l'École, pour "Accueillir- dire- agir ensemble"
L’AGEEM a fait le choix de proposer un « renforcement »... non pour donner des clés ou des pistes toutes faites... non pour rattraper un temps qui pourrait paraître « perdu » pour certains ou à la lumière des programmes... il s’est passé tellement d’ « autres choses » pendant ces semaines ! A travers ce document « AGEEM.COM spécial retour à l'ÉCOLE » co-construit avec les membres du conseil scientifique de l’AGEEM, sont apportées des pistes de réflexion et des pistes pédagogiques pour vous accompagner dans cette réouverture d’une école « autrement ».


 

Pour se projeter

Imagine la culture demain | Pour ce premier rendez-vous quotidien sur France Culture, Arnaud Laporte s'entretient avec le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Ville Emmanuel Demarcy-Mota, qui livre son diagnostic et, surtout, sa vision du futur pour un secteur culturel en crise profonde.